Portrait de l'artiste Mathias Kiss dans son atelier à Paris - ABEL LLAVALL-UBACH POUR COLLECTIO(N)
Figure incontournable du paysage artistique français, Mathias Kiss n’a jamais cessé de revendiquer son passage chez les Compagnons. Dix ans passés au cœur et au service du patrimoine français qui l’ont conduit à devenir l’artiste qu’il est aujourd’hui, et dont la démarche reste profondément marquée par ce passé d’ouvrier. Il nous a ouvert les portes de son atelier parisien pour partager trois objets marquants qui racontent son parcours, depuis ses années d’apprentissage jusqu’à ses dernières réalisations, comme le trophée de la Ligue 1 de football.

1. Médaille d’argent du Syndicat du Bâtiment, 1990

« La première fois que je reçois une reconnaissance officielle pour mon travail, j’ai dix-sept ans. À l’époque, je viens d’un parcours scolaire difficile et prépare un CAP au CFA de Brétigny-sur-Orge. Cette médaille, qui récompense la deuxième place au classement national des apprentis, m’a énormément donné confiance et valorisé. Ça a vraiment marqué un tournant dans ma vie. 
Peu de temps après la fin de mon apprentissage, je rejoins les Compagnons. Le début d’un parcours qui m’amènera à travailler sur de nombreux chantiers patrimoniaux notamment dans la rénovation de monuments historiques, puis à devenir artiste. »

2. Coussin à dorer

« Quand je suis entré chez les Compagnons, j’avais très peu d’expérience, et ils m’ont tout appris sur le tas, notamment la dorure. Ce coussin à dorer sert à manipuler les feuilles d’or. J’aime beaucoup son côté médiéval : avec la petite encoche pour mettre le pouce, on s’attend presque à voir un aigle venir se poser dessus ! On pose les feuilles dessus pour pouvoir les étaler et les découper sans les froisser tout en les protégeant du vent grâce au parchemin, et pour la gestuelle, tout se joue avec la respiration : il faut apprendre à la synchroniser avec son mouvement pour que le geste soit rapide et que la feuille ne s’envole pas. 
Avec cet outil, j’ai travaillé pendant dix ans au Louvre, au Palais-Royal, à la Comédie-Française ou encore à l’Opéra Garnier. Je l’utilise encore aujourd’hui pour mes projets artistiques, comme pour le prototype du trophée de la Ligue 1 — même si le vrai a ensuite été réalisé par la maison Christofle.
Avec la même technique, je suis passé du Louvre au football ! »

3. La bague « 90 degrés » en argent massif

« C’est une bague qui se porte sur deux doigts. Elle s’inspire de la moulure classique, qui représente beaucoup pour moi parce qu’elle évoque toute une histoire française, celle de Louis XIV comme celle d’Haussmann.
C’est un objet issu du passé mais que j’ai voulu interpréter avec une vision contemporaine. L’idée m’est venue quand j’étais apprenti : je fabriquais des échantillons de fausses moulures très techniques. Puis, à mesure que je sortais moi-même du cadre et que je souhaitais m’affranchir de mon statut d’ouvrier, mes œuvres ont elles aussi exprimé ce mouvement. Si je n’avais pas été Compagnon, je n’aurais jamais créé cette pièce.
J’aime utiliser notre patrimoine pour le revisiter. Dans ce bijou, on peut aussi voir quelque chose qui évoque presque un jeu vidéo comme Tetris. L’idée est de libérer l’académisme et de s’affranchir des dogmes esthétiques et techniques. J’ai voulu imposer la moulure tout en la libérant, car elle n’appartient pas seulement aux appartements bourgeois et aux palais. »

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Bio express 

Mathias Kiss est un artiste français, né en 1972 à Poissy. Il vit et travaille à Paris.
Formé dès 14 ans comme peintre vitrier, il restaure des monuments historiques jusqu’en 2000 au sein des Compagnons, avant de s’orienter vers l’art en 2008. Il développe alors un travail qui revisite les codes du décor classique et de l’architecture française en les détournant vers des formes contemporaines, entre art, design et installation. Il est aussi connu pour des installations monumentales comme celles exposées au Palais de Tokyo (2016), aux Beaux-Arts de Lille (2019) et au Mobilier National (2019) ; en 2024-2025, il conçoit le trophée de la Ligue 1.

www.mathiaskiss.com

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