Au-delà d’avoir un très bel objet chez eux, la promesse que je fais est surtout éditoriale : dans chaque collection (trois livres chacune), il y aura au moins un livre qui plaira au lecteur. Et plus qu’une histoire à lire, ce sera une expérience qu’il n’oubliera pas car les classiques ont cette force : même si on ne les aime pas, on ne les oublie jamais.
Je promets aussi que dans chacune des thématiques que nous proposons — par exemple L’Ambition pour la première collection ou La Femme fatale pour la deuxième — chaque lecteur pourra y trouver des réponses à ses propres questionnements, tant ces livres explorent l’humanité. Pour ma part, L’Éducation sentimentale de Flaubert, que j’espère publier un jour, m’a aidé à comprendre et surmonter une rupture amoureuse. Si quelqu’un se demande s’il doit se trahir pour réussir, Bel-Ami lui apportera des éclairages ; s’il s’interroge sur le fait de briller aux yeux des autres, le parcours de Julien Sorel dans Le Rouge et le Noir pourra le guider.
Oui, car la lecture des classiques reste le patrimoine d’une certaine élite malheureusement, et l’étude de marché que j’ai réalisée m’a prouvé que les éditions existantes font que quelqu’un qui va en librairie de manière curieuse ne se dirige jamais vers les éditions classiques — même de poche — parce qu’elles lui rappellent le lycée et les obligations. L’idée d’arco, c’est justement de briser ce rapport et de réconcilier les gens avec ces textes en les rendant désirables. J’adore l’idée d’arriver en librairie et pouvoir acheter un Stendhal comme si c’était un roman contemporain.
Si vous regardez bien, même les musées font des affiches d’expositions bien plus modernes et séduisantes que les couvertures de livres classiques. Pourquoi la littérature classique devrait-elle rester austère ? Austère ne devrait pas être synonyme de « bien ».
Après avoir lu Virginia Woolf, j’ai eu le besoin de transmettre cette passion au-delà de mon cercle d’amis, qui je pense n’en pouvaient plus de m’en entendre parler ! J’ai donc d’abord créé un podcast, Postface – Le podcast littéraire pour commencer à parler de littérature classique, puis l’idée, plus tard d’éditer des classiques est venue.
Ce livre, Mrs Dalloway, m’a ouvert les yeux sur ce qu’est la littérature : la meilleure science de la vie. Jusqu’alors, mon cursus économique m’avait appris à réduire les individus à des chiffres — pouvoir d’achat, panier moyen, consommation. Grâce à la littérature, j’ai enfin commencé à comprendre que l’être humain n’était pas que ça et j’ai voulu me consacrer à cette quête.
Un autre déclencheur a été une envie profonde d’être ami avec moi-même et de ne plus me mentir. Ce que j’aime, ce sont les livres, et me lever le matin pour les défendre a du sens. Je veux que les gens aillent mieux en les lisant.
Comme Flaubert le disait : «Madame Bovary, c’est moi». Moi je pense que Madame Bovary, c’est un peu nous tous : comme elle, on naît, on a des rêves, puis la vie est une succession de chocs entre la réalité et les représentations que l’on se fait sur ce que devrait être notre vie.
Très tranquillement ! Je suis sûr de proposer de la qualité. Même quand on a lu Bel-Ami et qu’on n’a pas aimé le livre, on est très content de dire qu’on l’a lu et qu’on ne l’a pas aimé ! Ce n’est jamais une perte de temps.
Le grand plaisir des classiques est à quel point ces textes nous surprennent par leur modernité. Le plus souvent ils sont d’ailleurs moins en décalage qu’en avance.
Aujourd’hui on va insister sur l’importance de mettre en avant des histoires féminines où par exemple une femme plus âgée va avoir des relations avec un homme plus jeune qu’elle, en insistant sur le fait que ça n’a jamais été montré. Pourtant, au XIXᵉ siècle, de telles intrigues existaient déjà.
Prenons l’exemple de Babygirl (excellent film réalisé en 2024 par Halina Reijn avec Nicole Kidman) : Le Rouge et le Noir de Stendhal raconte exactement la même dynamique — une patronne qui a une liaison avec son subordonné. Les enjeux sont très similaires en 2024 et en 1830 : cette femme craint de perdre son travail ou sa famille, et panique face à un désir différent de celui qu’elle a connu dans sa vie conjugale.
Et même lorsqu’il existe un certain décalage avec notre époque, comme par exemple la manière dont Zola nomme les pratiques homosexuelles dans La Curée, j’assume de montrer ces aspects provocants des œuvres.
Je pense surtout que les grands auteurs peuvent se mettre à la place de tout le monde et que c’est aussi ce qui leur permet de rester modernes des siècles après.
Elle permet avant tout de mieux se comprendre soi-même. On peut comprendre nos désirs, nos ambitions, nos sentiments, en regardant les parcours de ces hommes et femmes qui sont, dans les classiques, plus humains qu’humains.
À l’échelle de la société, je dirais que les classiques nous éclairent sur des enjeux toujours présents, qui parfois n’ont même pas du tout évolué.
Bel-Ami par exemple met en lumière la collusion médias/politique, qui n’est pas nouvelle malgré ce que nous pouvons imaginer. Le Rouge et le Noir ouvre un débat sur la méritocratie : aujourd’hui encore, un garçon talentueux mais né dans le mauvais milieu n’atteindra jamais -ou alors à quel prix ?- le même niveau que quelqu’un de moins intelligent mais bien né.
Les droits restent le principal obstacle. Sinon, je publierais volontiers des romans de François Mauriac, par exemple. Je voudrais aussi remettre Henry James au goût du jour en France, mais là c’est un problème de coûts de traduction.
Certains textes, comme ceux de Huysmans ou Virginia Woolf, sont très abstraits et difficiles à rendre accessibles. Il y a aussi parfois un problème de longueur. Le défi d’arco étant de convaincre et (re)donner aux gens l’envie de lire, ce défi est très difficile avec un livre comme À l’ombre des jeunes filles en fleur avec ses 700 pages et sa prose compliquée, bien que ce soit un magnifique livre.
J’aimerais qu’arco devienne une marque culturelle forte, capable d’acheter les droits de certains classiques et d’éditer de nouvelles voix. Mon but est de mettre la culture dans la vie des gens. J’ai commencé avec l’édition de livres classiques, et j’aimerais à long terme utiliser d’autres formats, comme la vidéo ou la radio pour mettre en avant la culture et les arts en général.
Les librairies parisiennes. J’adore traîner à Saint-Germain-des-Prés. Je ne me suis jamais senti aussi français que depuis que je lis de la littérature française, et cela a été rendu possible grâce aux librairies de ce quartier, qui ont cette mission de conseiller ces classiques, de recommander des livres français à quelqu’un qui a envie de faire corps avec cette culture — ce qui a été mon cas.
📌 Sortie de la nouvelle collection Femme fatale, le 06/11/2025 – catalogue à retrouver sur le site de arco éditions