Inaugurée en 1889 grâce à une souscription nationale organisée par ses fils, cette statue rendait hommage à François‑Vincent Raspail, médecin, chimiste et député engagé, symbole de l’esprit républicain et scientifique. Sculptée par Léopold Morice, elle fut d’abord installée à l’angle du boulevard Edgar‑Quinet et de l’actuel boulevard Raspail, avant d’être déplacée en 1893 dans le square Jacques‑Antoine, près de Denfert‑Rochereau, et finalement détruite en 1942.
Socle et statue de François-Vincent Raspail, Paris XIVe – ABEL LLAVALL-UBACH POUR COLLECTIO(N)
Plusieurs statues du parc des Buttes-Chaumont ont connu le même sort durant l’Occupation. Parmi elles, « Au loup ! » de Louis-Auguste Hiolin, sans doute la plus emblématique en raison de son emplacement spectaculaire au-dessus du lac. Présentée avec succès au Salon de 1885, acquise par la Ville et fondue en bronze en 1886, l’œuvre représentait un jeune berger appelant son chien après une attaque de loup. Elle fut démontée en 1942 dans le cadre de la réquisition des métaux non ferreux et n’a jamais été remplacée.
La statue de François Arago — astronome et homme politique — avait été réalisée par Alexandre Oliva et installée en 1893 sur la place de l’Île-de-Sein, près de l’Observatoire de Paris. Le bronze fut récupéré et fondu en 1942. Au début des années 1990, un hommage symbolique fut instauré : un parcours de médaillons fixés au sol, suivant le tracé historique du méridien d’Arago, permet de rappeler la mémoire de l’astronome. Cette solution de substitution illustre la difficulté — voire l’impossibilité — de reconstituer les œuvres détruites, et le recours à des formes plus discrètes de mémoire.
Socle et statue de François Arago, Paris XIVe – ABEL LLAVALL-UBACH POUR COLLECTIO(N)
Un des cas les plus symboliques de cette période est celui du Monument des Aéronautes du siège de Paris, œuvre du Frédéric‑Auguste Bartholdi (créateur de la Statue de la Liberté), inaugurée en 1906 à la Porte des Ternes. Ce monument rendait hommage aux ballon-aérostiers qui, durant le siège de Paris en 1870-1871, permirent à la capitale assiégée de communiquer avec l’extérieur grâce à des ballons-poste et des pigeons voyageurs. Parmi ces ballons, le plus célèbre reste L’Armand-Barbès : c’est à son bord que le 7 octobre 1870, le ministre de l’Intérieur Léon Gambetta quitta Paris pour rejoindre Tours, afin d’organiser la résistance hors de la ville assiégée.
Lors de la réquisition des bronzes, le monument fut démonté le 18 novembre 1941 et fondu sous le régime de Vichy. Il n’a jamais été reconstitué. Aujourd’hui, aucun vestige physique ne subsiste à l’emplacement d’origine — seul le nom « Le Ballon des Ternes » persiste dans la mémoire locale à travers la brasserie art déco située sur la place.
Brasserie « Le Ballon des Ternes », Paris XVIIe – ABEL LLAVALL-UBACH POUR COLLECTIO(N)
Pensée par le sculpteur Émile Derré, la statue avait été inaugurée en 1899 boulevard de Clichy, dans le 18ᵉ arrondissement de Paris. Elle rendait hommage à ce philosophe et penseur social, fondateur des idées utopistes d’organisation communautaire.
En 1969, un groupe libertaire/situationniste a tenté d’y installer une réplique en plâtre, mais celle-ci a été retirée peu après par les services de la préfecture. Ce n’est qu’en 2011 que le site a retrouvé une œuvre visible : l’artiste contemporain Franck Scurti a été choisi pour recréer un hommage à Fourier sous la forme d’une sculpture baptisée « La Quatrième Pomme ». L’œuvre est une pomme monumentale en acier poli, gravée d’un planisphère, posée sur le piédestal d’origine, et entourée de panneaux de verre coloré — un choix symbolique qui renvoie aux théories sociales et économiques du philosophe.
Le Parc Monceau, dans le 8ᵉ arrondissement de Paris, abritait jadis plusieurs statues de bronze : « La Lionne blessée » de Charles Valton (1891), « Le Moissonneur » d’Adrien Étienne Gaudez (1879), « Le Semeur » d’Henri Chapu (1878), « Hylas » de Léopold Morice, « Le Faucheur » de Charles Gumery, parmi d’autres. En 1942, ces sculptures furent massivement retirées et fondues dans le cadre de la réquisition des métaux non ferreux. Depuis, plusieurs socles restent vides dans le parc — traces silencieuses d’un décor disparu. L’absence de remplacement en bronze, ou même en pierre, souligne l’ampleur de la perte patrimoniale.