À Montmartre, les objets révélés de Massimo Marcolin

Chez « Atelier Massimo », en septembre 2026 - ABEL LLAVALL-UBACH/HANS LUCAS POUR COLLECTIO(N)
INTERVIEW • Un an après l’ouverture de sa boutique d’antiquités et de curiosités à Montmartre, Massimo Marcolin continue de chercher ce qui peut rendre un objet désirable, au-delà de sa valeur ou de son ancienneté. Photographe et vidéaste, il s’attache aujourd’hui à des objets dont il cherche à révéler ce qui aurait pu tomber dans l’oubli. Sa sélection rigoureuse s’enrichit chaque mois autour d’une thématique et voit naturellement se côtoyer des lithographies italiennes du XVIIe siècle et des références au film « Marie-Antoinette » de Sofia Coppola, auquel il consacrera sa prochaine vitrine à l’occasion des vingt ans du film. Défendant une approche accessible de l’art, il y a derrière cette sélection une même conviction : les objets ont une histoire qui ne s’arrête pas avec ceux qui les possèdent.

Pourquoi avoir ouvert une boutique d’antiquités après plusieurs années consacrées à la photographie ?

J’ai énormément aimé travailler dans la photographie et la vidéo pendant dix ans, mais plus je travaillais dans l’univers du digital, plus j’avais envie de retrouver quelque chose de réel, de concret. J’avais aussi envie de changer de vie, et c’est dans ce contexte que je suis arrivé à Paris. La beauté de la ville, l’omniprésence de l’art et la beauté des détails m’ont donné envie de m’approprier cette culture. Je me suis remis au dessin ici, en dessinant les façades, les sculptures, les musées et toutes sortes de détails. Pour moi, Paris ne se résume pas à ses monuments. Même le mobilier urbain me fascine : les bancs, les lampadaires, les balcons en fer forgé… Tout cela participe à l’identité de la ville et m’a donné envie d’y participer à ma manière. J’ai alors commencé à collectionner — mon premier achat a d’ailleurs eu lieu ici, à Paris — puis l’envie d’ouvrir une boutique est venue naturellement. 
En changeant de vie, je pensais mettre la photographie de côté et commencer une nouvelle carrière. Mais je n’avais pas imaginé que les deux pourraient finalement se rejoindre. Aujourd’hui, la boutique me permet de faire dialoguer mon travail de photographe avec mon intérêt pour les objets et les antiquités.

Des objets liés au cinéma, une des passions de Massimo Marcolin, côtoient antiquités et autres curiosités.
– ABEL LLAVALL-UBACH POUR COLLECTIO(N)

Avez-vous toujours eu une attirance pour les objets anciens, ou est-ce quelque chose qui s’est construit avec le temps ?

Quand je vivais en Italie, j’ai commencé par récupérer des objets dans les poubelles. J’avais une maison à la campagne suffisamment grande pour y restaurer les meubles et les objets que je trouvais, et c’est comme ça que cette passion est née, davantage par le goût du travail manuel, du toucher et des gestes que par une volonté de collectionner. J’avais surtout envie de sauver des objets, puis de révéler leur histoire, leur éclat, et faire ressortir quelque chose qui aurait pu passer inaperçu. Le slogan de la boutique, « Images et objets révélés », vient d’ailleurs de cette idée. Une photographie est révélée à partir du noir, et j’aime penser que je peux faire la même chose avec un objet : remettre en lumière quelque chose que l’on avait oublié.


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Quand je réalisais des films publicitaires pour des marques, je n’aimais pas simplement montrer un produit, mais le placer dans une histoire. Je fonctionne de la même manière avec les objets. Je ne cherche jamais à pousser quelqu’un à acheter une pièce ; je préfère lui raconter son histoire. Et s’il est touché par elle, il aura peut-être envie de l’acquérir et de l’emporter chez lui, emportant avec lui une part de ce qu’elle raconte.
 C’est aussi pour cela que je suis sensible à la rareté et à l’unicité. Je ressens rarement un coup de cœur pour un objet neuf dont il existe mille exemplaires. Ce qui m’attire peut être l’ancienneté, bien sûr, mais aussi le fait qu’un objet soit unique, fabriqué à la main par un artisan ou un artiste contemporain. Pouvoir rencontrer ceux qui les ont fabriqués ou comprendre les gestes et les idées qui se trouvent derrière une pièce peut me séduire autant qu’un objet ancien dont l’histoire reste parfois mystérieuse.

Comment choisissez-vous les pièces que vous rapportez ici ? Qu’est-ce qui fait qu’un objet retient votre attention ?

La plupart du temps, c’est un coup de cœur. Et je cherche avant tout des pièces que j’aime et qui me ressemblent. Mais l’esthétique seule ne suffit pas pour qu’un objet trouve sa place dans la boutique. Il faut qu’il y ait une histoire, une dimension supplémentaire. J’aime créer des univers dans la boutique, faire dialoguer les pièces et composer des petites scènes, comme si je construisais un décor de film. Pour moi, le rêve serait qu’un client ait envie d’emporter tout un univers, pas seulement une pièce, mais toute la composition que j’ai créée autour.
 La vitrine change ainsi chaque mois autour d’une thématique et je sélectionne très souvent les objets en fonction. En ce moment, c’est « Fungarium » autour du monde des champignons, puis en octobre, ce sera Marie-Antoinette. L’espace est limité ici et je n’ai pas de réserve, donc je ne peux pas acheter tout ce qui me plaît. 


J’ai un rapport parfois très émotionnel avec les objets. On partage ces moments de vie ensemble, eux et moi, avant leur départ vers une autre famille. Il m’arrive même de les personnifier et de leur donner des noms (rires). Cette très belle et fine vitrine anglaise, par exemple, qui est arrivée chez moi un 31 août, je l’ai très naturellement appelée Diana.* 

Massimo Marcolin a ouvert sa boutique de curiosités et d’antiquités en décembre 2025 – ABEL LLAVALL-UBACH POUR COLLECTIO(N)


Avec le temps, j’ai compris que je suis peut-être davantage attaché à ce que les objets me rappellent qu’aux objets eux-mêmes. Nous ne savons pas combien de temps nous allons vivre, alors que les objets, eux, peuvent nous survivre et traverser les générations. J’aime cette idée de transmettre des objets qui, d’une certaine manière, sont immortels, contrairement à nous.
 Je pense d’ailleurs que nous avons souvent une conception étrange de la propriété. Je ne pense pas qu’on puisse vraiment dire « cette statue est à moi », même si on l’a achetée. Les objets ont une vie avant nous et une vie après nous. Et ce sont finalement eux qui permettent de transmettre les histoires des personnes, alors qu’on a tendance à penser le contraire. Mon rôle est de les faire vivre ici, puis de les transmettre à quelqu’un qui écrira la suite de leur histoire.


Pourquoi avoir choisi Montmartre pour installer ce lieu ?

Quand j’ai quitté l’Italie, je savais que j’avais besoin de quelque chose, sans vraiment savoir quoi. J’ai finalement compris que ce que je cherchais, c’était de pouvoir vivre des émotions au quotidien, et pas seulement pendant les vacances ou dans des moments exceptionnels. Je viens d’un pays qui a une culture extrêmement riche, mais je n’avais jamais ressenti cela aussi intensément qu’en France, et particulièrement à Paris.
 Et à Montmartre, tout est décuplé. J’aime son patrimoine architectural, ses cafés, ses artistes et le fait que beaucoup de choses semblent avoir traversé le temps. On ressent encore quelque chose du village que le quartier était au XIXe siècle. J’aime notamment entendre les cloches de l’église, comme là où j’ai grandi. Pour moi, Montmartre est une sorte de condensé de ce que j’aime à Paris tout en étant légèrement à l’écart.
 Même après un an ici, j’ai parfois l’impression d’être dans un rêve. Il m’arrive de regarder mon trousseau de clés et de réaliser que j’ai une boutique d’antiquités à Montmartre. Dit comme ça, cela paraît presque irréel, alors que c’est devenu mon quotidien. Et si j’ai des moments difficiles, il suffit parfois que je regarde ces clés pour que cela me fasse du bien.

« Fungarium », la sélection de septembre en vitrine de l'« Atelier Massimo » - ABEL LLAVALL-UBACH/HANS LUCAS POUR COLLECTIO(N)
Parmi une sélection éclectique on retrouve des pièces italiennes comme ces céramiques de Deruta - ABEL LLAVALL-UBACH/HANS LUCAS POUR COLLECTIO(N)

Vous semblez vouloir donner à l’Atelier Massimo une identité assez différente de celle d’une boutique d’antiquités traditionnelle. Quelle place souhaitez-vous donner à ce lieu dans le monde des antiquités et de la brocante ?

Tout commence avec le nom de la boutique. J’ai choisi « Atelier » parce que cela évoque le lieu de travail et de création. Et c’est ce que je fais ici : même si je vends des objets anciens et que je ne suis pas en train de peindre ou restaurer des meubles, j’y passe mes journées et je travaille. Je voulais que l’on comprenne que, même si c’est un lieu de vente, il y a une dimension supplémentaire à cela. 
« Atelier Massimo » est aussi un lieu vivant, où l’on peut transmettre et partager. J’organise régulièrement des événements autour de mes sélections, notamment autour du cinéma. Pour une soirée dédiée au « Mépris » de Godard, nous avons parlé du film, mais aussi de littérature et d’architecture. Ma culture italienne participe aussi, indirectement, à l’identité du lieu. Il est important pour moi d’avoir ici certaines pièces qui racontent cette culture : et je suis très content de pouvoir montrer des vases de Murano, des céramiques de Deruta ou encore une lithographie de Rome du XVIIe siècle qui est la pièce la plus ancienne que je propose.

Mais surtout, je veux que l’Atelier soit ancré dans le présent et dans Paris, en créant des collaborations avec les commerçants du quartier ou en faisant dialoguer mes sélections avec l’actualité culturelle. Ma sélection est volontairement éclectique, avec des pièces de différentes époques et de différentes origines, et je tiens surtout à ce qu’elles restent accessibles : si quelqu’un ressent une émotion devant un objet, j’ai envie qu’il puisse avoir les moyens de l’acquérir.

Qu’est-ce que vous aimeriez que quelqu’un ressente en entrant ici ?

J’aimerais que les personnes qui entrent ici ressentent les mêmes émotions que moi. J’aime qu’elles s’assoient avec moi, que l’on discute, que l’on oublie un peu le temps qui passe.
 Je fais aussi attention à ce que l’Atelier ressemble davantage à un appartement qu’à une simple boutique ou à un musée. Je l’aménage comme si c’était chez moi, avec une attention particulière portée à la lumière, aux odeurs, aux bougies, à l’encens… Je ne veux pas d’un lieu austère, corseté ou poussiéreux, mais d’un endroit chaleureux, où l’on se sente bien et où l’on ait envie de rester. Je suis d’ailleurs déjà en train de penser à Noël et à la décoration que je vais imaginer.
 Au fond, j’ai envie de créer ici des moments dont on se souvient. De rendre les moments immortels.

La vitrine thématique de l'« Atelier Massimo », en septembre 2026 - ABEL LLAVALL-UBACH/HANS LUCAS POUR COLLECTIO(N)

📌 Atelier Massimo

3 bis rue Durantin, 75018 Paris
Tous les jours sauf jeudi 10h-14h, 16h-20h

Sélection spéciale « Marie-Antoinette » du 26 septembre et tout le mois d’octobre

* Diana Spencer, la princesse de Galles, décédée le 31 août 1997.

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