Par Abel Llavall-Ubach
Érigée sur la tombe de saint Denis (mort vers 250) et profondément transformée sous l’abbé Suger, conseiller du roi au XIIᵉ siècle, la basilique s’impose comme la première grande abbatiale gothique au monde. Dédiée aux rois et reines de France, elle conserve plus de soixante-dix gisants et tombeaux, témoins d’un millénaire d’histoire monarchique de Dagobert à Louis XVIII.
La flèche d’origine, haute d’environ 90 mètres, dominait autrefois le paysage avant d’être démontée par mesure de sécurité entre 1846 et 1847. Si des projets de reconstruction furent étudiés par Viollet-le-Duc, ils ne furent jamais menés à terme.
C’est l’association Suivez la flèche, maître d’ouvrage du projet, qui initie aujourd’hui la reconstruction fidèle de la tour nord et de la flèche selon les relevés et plans du XIXᵉ siècle, notamment ceux de l’architecte François Debret. Le chantier, estimé à 37 millions d’euros et débuté en mars 2025, doit se poursuivre jusqu’en 2030.
Pour l’heure, 130 artisans et apprentis sont mobilisés en s’appuyant sur la modélisation numérique de 15 228 pierres, toutes taillées dans des blocs issus de la carrière de Saint-Maximin dans l’Oise. Environ 15 % d’entre elles sont façonnées directement au pied de la basilique, sur un chantier inédit en France : visible par tous, il est ouvert aux visiteurs de la cathédrale.
Inaugurée en octobre 2025, la Fabrique de la Flèche transforme le chantier en véritable espace de médiation. Cet ensemble immersif accueille les visiteurs pour leur permettre d’observer les étapes de la reconstruction, d’explorer l’histoire de la flèche et de découvrir les métiers mobilisés.
L’un des aspects les plus singuliers du site repose sur la retransmission en direct, sur écran, de la pose des pierres au sommet de la tour. Cette activité est toutefois interrompue durant l’hiver, en même temps que les opérations en hauteur, les températures trop basses empêchant le mortier de durcir correctement.
Au sol, en revanche, le chantier se poursuit toute l’année : les trois entreprises spécialisées dans la restauration des monuments historiques — H. Chevalier, SNBR et L’Atelier des Sculpteurs — taillent sous les yeux des visiteurs une partie des blocs nécessaires à la reconstruction. Autour d’eux, des artisans-médiateurs de l’association présentent leurs outils et leurs gestes au sein des loges dédiées aux tailleurs de pierre et aux forgerons, dont certains reviennent de chantiers d’envergure, comme le site expérimental de Guédelon* ou Notre-Dame de Paris.
En rendant visible un chantier patrimonial de cette ampleur, la Fabrique de la Flèche transforme un projet de reconstruction en outil de partage et de médiation. Elle dévoile des métiers parfois méconnus, met en avant l’excellence artisanale et renforce le lien entre la basilique, son histoire et le territoire de Saint-Denis. Et pour en profiter pleinement, un seul billet donne accès à la basilique, à sa nécropole royale et à la Fabrique de la Flèche – une invitation à traverser les siècles en quelques pas.
📌 La Fabrique de la Flèche : Du mardi au samedi de 10h à 16h45
– Le dimanche de 12h à 16h45
Tarifs 0-17€
– Plus d’infos sur la Fabrique de la Flèche sur le site de la Basilique Cathédrale Saint-Denis
– L’association Suivez la Flèche
* Guédelon : chantier unique en France où un château fort du XIIIᵉ siècle est bâti depuis 1997 avec les seules techniques médiévales (Treigny, Yonne)